À Lesquielles-Saint-Germain, la fresque du château d’eau livre ses secrets

Sur la route départementale reliant Guise à Étreux, le château d’eau de Lesquielles-Saint-Germain attire immédiatement le regard. Depuis 2015, sa silhouette accueille une fresque monumentale qui transforme cet ouvrage technique en œuvre d’art et en livre d’histoire à ciel ouvert.

La réalisation a été confiée aux Ateliers Adeline, fondés par Paule Adeline, ancienne élève des Beaux-Arts de Rouen. Créé en 1985 autour du trompe-l’œil, l’atelier s’est progressivement spécialisé dans les peintures monumentales sur les châteaux d’eau et les ouvrages d’art. Il a été repris en 2021 par l’artiste peintre décorateur Boris Veyret.

Crédit photo Christine Boutron

Une fresque à observer… et à décrypter

La fresque de Lesquielles-Saint-Germain fonctionne comme une énigme offerte aux passants. On y reconnaît Henri Matisse, assis devant son chevalet, mais également un ouvrier tenant une mallette. Pourquoi ces deux personnages se retrouvent-ils sur un château d’eau ?

La présence de Matisse rappelle un épisode méconnu de la vie du peintre. En 1903, après un scandale politico-financier ayant ruiné la famille de son épouse Amélie Parayre, l’artiste quitte Paris et séjourne pendant environ six mois à Lesquielles-Saint-Germain. Cette période d’éloignement lui permet de retrouver l’inspiration. Il réalise alors plusieurs vues du village et des paysages de la vallée de l’Oise.

L’homme à la mallette évoque, quant à lui, les nombreux habitants de la commune qui partaient travailler à l’usine Godin de Guise. À son apogée, cette importante entreprise employait une grande partie de la population du secteur. Cette silhouette rend donc hommage à l’histoire ouvrière, industrielle et sociale du territoire.

Le château d’eau devient une œuvre de mémoire

La recherche nécessaire pour comprendre la fresque fait pleinement partie de son intérêt. Ses personnages ne sont pas de simples éléments décoratifs : ils invitent les passants à s’interroger, à rechercher leur identité et à redécouvrir l’histoire du village.

En réunissant le passage d’un grand peintre et la mémoire des ouvriers de l’usine Godin, l’œuvre associe deux formes de création : l’histoire de l’art et le savoir-faire industriel. Le château d’eau devient ainsi une archive monumentale visible de loin.

Cette réalisation montre combien une fresque peut transformer le regard porté sur un ouvrage technique. Autrefois perçu comme un simple équipement, le château d’eau est désormais un repère artistique et patrimonial. Il raconte l’identité de Lesquielles-Saint-Germain tout en embellissant le paysage.

Décorer un château d’eau ne consiste donc pas seulement à lui apporter des couleurs. C’est lui offrir une seconde fonction : celle de transmettre une histoire, d’éveiller la curiosité et de faire entrer l’art dans le quotidien.

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